Un peu de politique fiction : dissolution sans solution

Publié le par Pascal Caillerez

Dans un climat politique général plutôt délétère pour les hommes politiques où les électeurs boudent en masse voire sanctionnent les partis de pouvoir, amusons nous un peu. Le très guilleret FN réclame à cors et à cris la dissolution du Parlement histoire de dire quelque chose mais peut-être pas que.

Sur 577 députés à la chambre basse, la majorité absolue au Parlement est donc de 289 sièges. Le groupe Socialiste, républicain et citoyen se compose de 274 membres auxquels s'ajoutent 16 apparentés, soit 290. Si le calcul est juste, le PS ne conserve la majorité absolue qu'à un fil ou plutôt un député. Il suffit par conséquent que deux législatives partielles adviennent pour que cette majorité s'efface. En effet, au vu des supers résultats électoraux du PS ces derniers temps, un poteau télégraphique se présenterait en face d'un élu PS que ce dernier serait écrasé.

Or, la chambre des godillots se révolte. On l'a vu avec le vote sur la politique générale de Valls où 41 zigotos PS se sont abstenus, chose limite historique. Et qui depuis a fait des petits, tellement qu'on se demande si le pouvoir PS gardera encore la mainmise sur le PS... Ne parlons même pas des députés EELV qui se sont pris une déculotté aux élections européennes et un résultat mi-chèvre mi-choux aux municipales, ni du FDG qui peine à dépasser les 7% (et a coulé aux européennes) et qui semble vouer une haine tenace au PS.

Alors une dissolution du Parlement ? Il semble peu probable que le Président puisse utiliser cette arme. Le précédent Chirac donne toujours à réfléchir. Et vu son aura actuelle, Hollande sait que la sanction sera terrible. Cela en revanche peut constituer une menace auprès de son propre parti, le PS qui verrait certainement son nombre de députés se réduire à une peau de chagrin en une telle occasion.

La vraie question est : quel serait le résultat de l'UMP en cas de dissolution ? Ce parti vit aujourd'hui bousculé de toute part et ses dirigeants voient plus de juges d'instruction que de militants. Affaire Bygmalion qui a entraîné la démission du pétillant Copé, soupçon d'argent détourné au Sénat, l'arbitrage de Tapie toujours sur la sellette judiciaire, Sarkozy englué de toute part... N'en jetez plus... Dans un tel contexte, il est à craindre que les électeurs (enfin les rares qui se déplacent) ne renvoient cote à cote PS et UMP en faveur... du FN. En effet, seul ce parti semble aujourd'hui structuré avec un vrai leader (une en l'occurrence), un programme simple à comprendre (l'Etat oui, les étrangers non en résumant) et qui dispose désormais de fortes implications locales. Le seul frein pour le FN réside dans le mode majoritaire des élections législatives mais qui s'amoindrit au fur et à mesure de son implantation locale, les législatives se basant sur la circonscription.

Aussi, une dissolution risquerait-elle bien d'amener Marine Le Pen au poste de Premier ministre. En effet, selon la Constitution, le Président doit appeler à ce poste, le chef du parti majoritaire sorti des urnes. Or, en cas de victoire nette et sans bavure de l'UMP (genre majorité absolue), qui est-il ? Sans réponse d'ici octobre 2014, l'UMP étant dirigé par un triumvirat d'anciens Premiers Ministres, il n'y a pas de réponse. Problème.

Pourtant, en cas de victoire à la Pyrrhus entre UMP et FN, voire d'égalité (sans même parler de victoire du FN), il peut se poser un problème constitutionnel qui forcerait le Président à appeler le chef de l'opposition et là, il n'y en a qu'un, enfin qu'une : JeanMarine ! Hollande parviendrait ainsi ce double exploit à amener le FN au pouvoir après l'avoir laissé gagné pour la première fois des élections. Mais il ne s'agit que de politique fiction. Bien sur. C'est pourquoi, pour le moment, la dissolution s'avère peu probable. Néanmoins, si Hollande compte sur un FN fort électoralement pour voir Le Pen au second des présidentielles donc être élu, il risque, d'une part, lui-même de ne pas être présent au second tour, d'autre part, d'implanter le FN comme la première force opposition et être en mesure de gouverner un jour.

Il reste encore trois ans de présidence Hollande selon la Constitution. Compte tenu du résultat après ses deux premières années, tous les scénarios demeurent possibles, démission (de gré ou de force), dissolution et le maintient au pouvoir. Personnellement, je ne sais toujours pas quel est le moins préjudiciable à la France et aux Français...

 

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